Ce que l’hypervigilance m’a volé (et ce que je n’ose pas dire)

On parle souvent de l’hypervigilance maternelle comme d’un instinct. Comme d’une preuve d’amour. Comme si surveiller, anticiper, contrôler en permanence était normal — presque admirable. Surtout quand on est devenue maman après un parcours difficile. Après un bébé prématuré. Après la néonatologie, les alarmes, les silences trop lourds, l’attente constante que tout bascule. Mais on parle très peu de ce que cette hypervigilance coûte réellement. De ce qu’elle grignote, doucement, jour après jour. De ce qu’elle vole, sans faire de bruit, à celles qui ont déjà tant donné. Aujourd’hui, j’ai envie de dire ce que je n’ai longtemps pas osé formuler. Pas pour me plaindre. Mais pour que tu saches que, si tu ressens cela aussi, tu n’es pas seule

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1/22/20263 min lire

On parle souvent de l’hypervigilance maternelle comme d’un instinct.
Comme d’une preuve d’amour.
Comme si surveiller, anticiper, contrôler en permanence était normal — presque admirable.

Surtout quand on est devenue maman après un parcours difficile.
Après un bébé prématuré.
Après la néonatologie, les alarmes, les silences trop lourds, l’attente constante que tout bascule.

Mais on parle très peu de ce que cette hypervigilance coûte réellement.
De ce qu’elle grignote, doucement, jour après jour.
De ce qu’elle vole, sans faire de bruit, à celles qui ont déjà tant donné.

Aujourd’hui, j’ai envie de dire ce que je n’ai longtemps pas osé formuler.
Pas pour me plaindre.
Mais pour que tu saches que, si tu ressens cela aussi, tu n’es pas seule

L’hypervigilance, ce n’est pas “être prudente”

Ce n’est pas simplement vérifier une fois de plus si ton bébé respire.
Ce n’est pas seulement anticiper les rendez-vous, les repas, les siestes.

L’hypervigilance maternelle, c’est quand ton corps ne se repose jamais vraiment.
Même quand tout va bien.
Même quand ton bébé dort paisiblement.

Ton esprit reste en alerte.
Comme s’il attendait la prochaine urgence.
Comme si le calme était suspect.

Ce n’est pas un choix conscient.
C’est une réponse.
Une adaptation à un monde qui t’a appris trop tôt que tout pouvait s’effondrer.

Quand on a connu la maternité après la néonatologie, le corps apprend à survivre avant d’apprendre à se détendre.

Ce que l’hypervigilance m’a volé

Elle m’a volé la légèreté.

Ces moments où l’on profite sans penser à “après”.
Sans scénarios catastrophes en arrière-plan.
Sans cette petite voix qui murmure : « et si… »

Elle m’a volé le sommeil profond.
Pas seulement les nuits écourtées, mais ce repos intérieur.
Celui où l’on lâche vraiment prise, où l’on ne surveille plus mentalement chaque détail.

Elle m’a volé le plaisir simple d’être dans l’instant.
Parce que même dans les moments doux, une partie de moi reste tendue.
Aux aguets.

Et parfois c’est difficile à admettre
elle m’a volé un peu de joie.

Pas l’amour. Jamais.
Mais cette capacité à savourer pleinement, sans retenue, sans peur en arrière-plan.

C’est une fatigue émotionnelle que beaucoup de mamans portent en silence.

Ce qu’on n’ose pas dire

On n’ose pas dire que cette vigilance permanente épuise.
Qu’elle use, mentalement, émotionnellement, physiquement.

On n’ose pas dire qu’on aimerait parfois poser cette armure.
Mais qu’on ne sait plus comment faire.
Parce que rester en alerte est devenu une seconde nature.

On n’ose pas dire qu’on culpabilise.
Parce que « d’autres ont vécu pire ».
Parce que « le bébé va bien maintenant ».

Alors on se tait.
On sourit.
On continue.

Et le stress post-traumatique parental reste là, discret mais présent, bien après la sortie de l’hôpital.

Mais voici la vérité que personne ne dit assez

L’hypervigilance n’est pas un défaut.
C’est une réponse à un vécu intense.

Elle prouve que tu as aimé dans la peur.
Que tu as protégé quand tout était incertain.
Que tu as tenu quand ton cœur tremblait.

Elle a été nécessaire.
Vitale, même.

Mais ce n’est pas parce qu’elle t’a sauvée à un moment qu’elle doit te définir pour toujours.

Tu as le droit de t’en alléger.
Progressivement.
À ton rythme.
Sans te juger.

Conclusion

L’hypervigilance t’a aidée à traverser une période où tout était fragile.
Elle t’a permis de tenir debout quand ton bébé prématuré avait besoin de toi plus que jamais.
Elle a été une réponse, une protection, une façon d’aimer dans un monde devenu incertain.

Mais aujourd’hui, tu as le droit de reconnaître une chose essentielle :
ce qui t’a sauvée hier n’est pas forcément ce qui te fera du bien demain.

Tu n’es pas obligée de rester enfermée dans cet état d’alerte permanente.
Tu n’as rien à prouver.
Rien à surveiller sans relâche pour mériter d’être une “bonne maman”.

Petit à petit, peut-être, tu remarqueras que quelque chose change.
Un regard posé plus longtemps.
Un souffle plus calme.
Un instant où tu observes ton bébé dormir sans compter chaque respiration, sans attendre que quelque chose arrive.

Et ce jour-là, tu comprendras que tu n’as rien lâché d’important.
Tu n’as pas baissé la garde par négligence.
Tu t’es simplement autorisée à déposer ce qui était trop lourd à porter si longtemps.

Vivre un peu plus n’efface pas ce que tu as traversé.
Cela honore, au contraire, tout le chemin parcouru.

“Si tu reconnais cette vigilance constante, j’ai écrit un autre article pour celles qui sentent que leur corps est prêt à respirer un peu autrement, sans se brusquer.”